Vous êtes parfois de sale humeur au bureau? Chanceux!

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@DR: Barack Obama, en état pensif.

Le big boss qui s’exclame, juste pour nous demander d'éteindre un feu, une collègue qui nous casse les pieds à force de répéter «putain, on ne peut pas réussir», un partenaire d'affaires qui ne retourne plus nos appels... Il suffit de pas grand-chose pour nous gâcher la vie au travail. Et par suite, pour nous amener à hurler dans l’espace, de temps à autres.

La question saute aux yeux : cela présente-t-il un risque véritable pour notre propre performance au travail? Oui, ces petits riens négatifs mineraient-il, à notre insu, notre motivation, au point même de finir par ne plus avoir le cœur à l'ouvrage?

Olivier SCHMOUKER a tenu à le savoir, bien entendu, car l'interrogation est préoccupante. Et c'est ainsi qu’il est tombé sur une étude qui nous a littéralement renversé. Nous pesons nos mots. D'autant plus que nous sommes certains qu'à votre tour vous allez tomber à la renverse en découvrant la vérité.

Cette étude est intitulée Tracking affect and academic success across university: Happy students benefit from bouts of negative mood. Et elle est signée par quatre professeurs de psychologie : Erin Barker et Carsten Wrosch, tous deux de l'Université Concordia à Montréal (Canada); Andrea Howard, de l'Université Carleton à Ottawa (Canada); et Nancy Galambos, de l'Université de l'Alberta à Edmonton (Canada). Regardons ensemble de quoi il s'agit...

Les quatre chercheurs ont suivi 187 étudiants d'une université canadienne, durant l'ensemble de leur cursus de quatre années. C'est-à-dire qu'ils ont regardé l'évolution de leurs notes au fil des années, et ce, en fonction de l'évolution de leur humeur : il leur a été tout simplement demandé de remplir un questionnaire en ce sens, sur une base régulière. Et c'est tout!

Résultat? Tenez-vous bien, comme nous vous l’avons dit, le résultat est bouleversant.

> L'avantage incroyable d'être occasionnellement morose. Les étudiants qui s'en sont le mieux sorti du point de vue des notes ont été ceux qui étaient «chroniquement heureux» dans la vie, mais qui connaissaient également «des humeurs négatives occasionnelles».

«Nous avons bel et bien pu isoler le profil psychologique associé à la plus grande réussite scolaire : il correspond aux personnes qui sont heureuses la plupart du temps, mais qui éprouvent occasionnellement une forte morosité», dit Erin Baker.

Comment expliquer ce curieux phénomène? «On croit souvent qu'il n'est pas bon de se sentir mal. Toutefois, pour une personne généralement heureuse, les émotions négatives peuvent être stimulantes : elles sont le signe d'une prise de conscience qu'il y a une difficulté à surmonter et elles prédisposent à aller puiser dans les ressources nécessaires pour y parvenir», explique la professeure de Concordia.

À noter trois points importants, à cet égard :

1. L'efficacité de la morosité occasionnelle ne s'exprime pas de manière instantanée, mais sur la durée. Dans le cas des étudiants, elle n'a eu aucune incidence sur les notes de la première année d'université, mais sur les suivantes. Ce qui s'explique vraisemblablement par le fait qu'il a fallu aux étudiants concernés d’apprendre à bien gérer les émotions négatives occasionnelles en question : le sentiment d'être débordé par le travail à fournir, la sensation récurrente d'éprouver une grande anxiété, etc.

2. L'efficacité de la morosité occasionnelle ne s'exprime que si l'on voie vraiment du noir, non pas si l'on ressent seulement un grand stress. Il faut en effet que les émotions négatives en question soient vives, et donc pénibles à vivre : c'est que cela pousse alors la personne concernée à puiser dans ses ressources pour faire face à la situation, et donc à donner son 110% lors de l'examen.

3. L'efficacité de la morosité occasionnelle ne s'exprime qu'à condition, soulignons-le, qu'elle soit seulement... occasionnelle. En cas contraire, cela amène au pire des scénarios : l'étude a en effet montré que ceux qui avaient enregistré les plus mauvaises notes avaient été les étudiants qui n'avaient fait que voir du noir, mois après mois, année après année.

«En résumé, notre étude met en évidence la nécessité d'enseigner à chacun des stratégies pour gérer de façon constructive les émotions négatives, pour ne pas dire le stress continuel, qui surviennent au travail. Et même, l'importance de cultiver les expériences émotionnelles positives», estime Mme Barker.

Que retenir de tout ça? Ceci, à notre avis :

> Qui entend voler de succès en succès au travail se doit de... chérir les moments où sa sale humeur prend le dessus! Il lui faut non pas les dissimuler à lui-même, mais les considérer en toute transparence. Puis, il lui faut les percevoir comme des signes avant-coureurs d'une difficulté professionnelle à venir, et en tirer profit pour la surmonter avec brio, en donnant son 110%, l'instant venu. Et ce, en veillant, bien sûr, à ne pas perdre, chemin faisant, son habituelle bonne humeur.

Prenons un exemple concret... Votre big boss hurle pour vous demander d'éteindre la lumière. Ce qui vous fait monter les nerfs: «Pourquoi c'est à moi qu'il demande toujours ça?», «Il me prend même pour qui ? Il pense que je suis sa bonne à rien hein?», etc. Bref, votre anxiété grimpe en flèche d'un seul coup et vos idées les plus noires resurgissent, plombant votre habituelle bonne humeur. Parfait! Profitez-en pour regarder le côté positif des choses : «C'est à moi qu'il a demandé de faire les derniers contrôles de lumière, certes il s’est exprimer outrageusement. Mais c'est tout de même le signe qu'il a confiance en moi», «J'ai sûrement un sens de l’éveil particulier.», etc. Et lancez-vous, à présent que vous êtes gonflé à bloc!

En passant, le philosophe grec Sénèque disait : «L'homme heureux n'est pas l'homme qui rit, mais celui dont l'âme, pleine d'allégresse et de confiance, est supérieure aux événements».

 

Source: 
IMFURA