Relation mobile banking et banque au Cameroun : DUO OU DUEL ?

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Le taux de pénétration du mobile au Cameroun est passé de 9,8 à plus de 80% entre 2004 et 2015 selon l’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART) contre un taux de bancarisation de 17,9%, le nombre de personnes ayant accès aux services bancaires accusant ainsi une légère augmentation au Cameroun selon le rapport de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) à fin septembre 2014. Avec le développement du mobile banking, les banques sont concurrencées par les opérateurs de télécommunication et risquent même être défiées si elles n’accélèrent pas davantage leur rythme de croissance. Le contexte de l’Afrique et le Cameroun en particulier est caractérisé par l’essor de la technologie cellulaire qui procure un moyen de communication facile d’accès et efficace pour les populations. Il en résulte un important potentiel d’inclusion financière des populations par l’usage du téléphone mobile comme moyen d’accès aux services financiers, là où en moyenne seulement 20% de la population a accès aux services financiers. C’est pourquoi le mobile banking vient au secours de ces populations. Le phénomène est grandissant au point où il est à craindre que le duo que forment les banques et opérateurs de téléphonie mobile ne se transforme en duel. 

Quelles sont les opérations réalisables à partir d’un compte mobile money ? 

Au Cameroun nous avons deux opérateurs qui animent ce secteur d’activité. Il s’agit de MTN et Orange respectivement avec les services « MTN mobile money » et « Orange money ». . En ouvrant un compte Mobile money chez l’un de ces opérateurs, on a la possibilité d’effectuer une panoplie. Il s’agit des services de mobile banking qui permettent aux abonnés : 

de recevoir et d’envoyer de l’argent au Cameroun, de payer ses factures, de transférer l’argent de son compte bancaire vers son compte Mobile Money et vice versa, de payer son ticket de train, d’acheter du carburant et régler ses achats dans les stations-service, de régler ses achats dans les magasins, de régler ses factures dans les hôtels, Cafés et restaurants, de payer les salaires, de payer des primes d’assurances, de faire des prélèvements automatiques pour régler ses factures. Le compte Mobile money offrent ainsi un moyen de substitution certains des services bancaires. C’est au regard de ces nombreuses facilités que plusieurs entreprises publiques, parapubliques et privées se sont déjà arrimées à cette nouvelle donne. 

Mobile money est devenu une réalité au Cameroun

Les consommateurs du cellulaire s’engouffrent de plus en plus dans le porte-monnaie électronique. L’aviation s’invite à l’offre du mobile money. Par exemple, MTN-Cameroun partage 59% de parts de marché en ventes de billets électroniques avec la compagnie aérienne belge Brussels Airlines, et vient de signer un accord partiel de partenariat pour l’achat des billets d’avion en utilisant son système « Mobile Money ». La compagnie aérienne kenyane Kenya Airways a également conclu un accord de partenariat pour la promotion de « Mobile Money ». Les assureurs aussi s’affilient au mobile money, tandis qu’un opérateur de la place annonce le développement du secteur par trois futures offres d’ores et déjà attendues par le public qui y porte grand intérêt. Canalsat transite par le même vecteur de recettes modernes pour améliorer son chiffre d’affaires. Aussi les Camerounais s’arriment de plus en plus aux commandes sur Internet par le bais du mobile money. Les affaires fleurissent, l’économie tourne à bonne vitesse, la croissance repart. Les différents opérateurs en tirent de bons bénéfices, et l’Etat n’est pas en reste : il vient de signer un accord de partenariat avec deux des trois opérateurs mobiles pour la mise en oeuvre de l’« impôt mobile », un nouveau système de paiement de l’impôt en utilisant le mobile money. L’impôt foncier y passe déjà et représente environ 8 milliards FCFA en termes de recettes fiscales annuelles. Ce système moderne de paiement permettra de combler près de 6 milliards FCFA de pertes chaque année. À long terme, l’impôt mobile sera appliqué pour traiter toutes les formes de taxes prévues dans le Code général des impôts au Cameroun. Le service mobile money bien qu’étant nouveau au Cameroun est déjà innovatif, rentable, attractif et efficient. Les investisseurs étrangers ont là une bonne opportunité d’affaires à travers ce secteur considéré comme en friche, mais en expansion tant il ne concerne jusqu’ici que 25% des consommateurs du mobile. 

 

Le marché reste grandement ouvert aux inventivités multiples et aux emplois par milliers qu’offre ce secteur dans un pays où les citoyens sont branchés à la modernité technologique. C’est un secteur « gagnant-gagnant » où tout le monde tire ses dividendes. C’est sans nul doute l’une des bonnes affaires de l’heure. A ce niveau un arrêt s’impose dans l’optique de s’interroger sur les avantages qui attirent autant d’entreprises vers le phénomène Mobile Money et sur ses relations avec les banques. 

Quelles sont les avantages du mobile money ? 

Pour les clients, il permet de réduire les coûts des transactions internationales ou domestiques de personne à personne, d’initier aux services bancaires basiques (gestion d’un compte bancaire, accès aux microcrédits, etc.) et de créer ainsi de nouvelles habitudes commerciales (l’achat de biens, la recharge du compte de minutes mobile à distance, le transfert domestique et international de minutes de téléphonie, etc.), de limiter les risques de vol, en réduisant l’utilisation du cash. Un gain de temps est à relever dans l’utilisation de principe. Exemple d’une camerounaise qui devait prendre des jours de congés ou faire venir sa soeur pour donner de l’argent à ses parents restés à la campagne ; des bénéficiaires de microcrédit qui passent moins de temps à rembourser pendant leur réunion hebdomadaire et qui peuvent soit consacrer ce temps à l’éducation financière, soit à rouvrir leur commerce plus vite. Les bénéfices du paiement mobile pour les opérateurs sont tout aussi importants. En plus de générer des revenus supplémentaires aux opérateurs hôtes du service, ce produit fidélise les clients actuels et cible de nouveaux prospects. Ces solutions renforcent également l’image « sociale » de l’opérateur : les services bancaires ainsi démocratisés permettent aux souscripteurs du service de paiement mobile d’accéder aux microcrédits, de développer leurs projets et de contribuer par conséquent à la croissance économique. Les bénéfices pour les autorités publiques peuvent être le suivi de la circulation de la monnaie fiduciaire et une meilleure efficacité des allocations sociales qui ne transitent plus par des intermédiaires qui avant pouvaient prendre leur part... ainsi le mobile banking offre au client la sécurité, la rapidité, la simplicité et l’économie. 

 

Mobile money et banque, du duo au duel

Même si Mobile money a des rapports concurrentiels avec la banque dans certains domaines, au vue des services qu’il offre, il ne l’égale certainement pas encore. Le rapport de la Banque mondiale note que si ces comptes mobiles facilitent les paiements et les transferts d’argent, ils ne permettent pas l’octroi de crédit, une des fonctions principales d’un système financier Mais, il n’est pas loin de là au regard du lancement par MTN du premier guichet automatique Mobile Money du Cameroun. Retirer de l’argent de son compte Mobile Money depuis un distributeur automatique de billets, c’est désormais possible au Cameroun grâce à MTN. L’opérateur a dévoilé le 5 janvier 2016 le tout premier guichet automatique MTN Mobile Money, permettant aux utilisateurs de son service de Mobile Banking d’effectuer leurs opérations de retrait d’argent plus rapidement et en toute discrétion, sans carte bancaire, en utilisant uniquement leur téléphone mobile. Le distributeur de billets MTN Mobile Money est un dispositif semblable à un guichet automatique de banque ; permettant de retirer du cash en quelques minutes. 

De là, on remarque que les opérateurs de téléphonie mobile s’éloignent peu à peu du duo qu’ils formaient avec les établissements financiers et les microfinances vers un duel. Mobile money et banque peuvent entretenir plusieurs types de relation qui ont évoluées avec le temps tout en migrant du duo au duel. En effet, cette relation est issue d’un long processus qui a évolué comme suit : La relation de complémentarité: les banques et les opérateurs proposent chacun un mode de paiement mobile mais s’adressent à des cibles différentes. La relation de substitution: En Afrique en général, les acteurs du marché des télécoms se substituent, voire concurrencent le secteur bancaire, en particulier dans le cas où des solutions «orientées mobile» sont développées. L’opérateur contrôle toute la chaîne de valeurs: de la création et de la gestion du compte au paiement. 60% des 400.000 villages africains sont couverts par le réseau télécom, alors que les agences bancaires ne sont souvent présentes que dans les grandes villes. La relation de coopération: les banques et les opérateurs télécoms sont amenés à réaliser des partenariats tout en gardant leurs rôles initiaux sur la chaîne de valeur du paiement mobile. En effet, les offres «orientées banque» où la banque se charge de la création et de la gestion du compte et l’opérateur télécom du transport des données et de la distribution de l’offre, proposent aux souscripteurs la consultation des comptes, le transfert local d’argent d’un compte bancaire à un autre via le mobile, le paiement de factures, etc. L’exemple du MTN Money et Orange money services né du partenariat de MTN et Orange avec les banques et les micro finances. La relation de fusion: les acteurs peuvent fusionner, ou sinon acquérir la possibilité d’être à part entière un opérateur ou une banque respectivement (Japon). Le modèle japonais se base sur un modèle de «fusion» entre le secteur financier et le secteur télécom. Depuis 2004, l’opérateur télécom NTT DoCoMo propose des services de paiement sans contact sur mobile qui transforment les téléphones portables en porte-monnaie électroniques. Pour se faire, la compagnie a racheté une banque pour la création des comptes bancaires et la gestion des problématiques de crédit. Ainsi, dans ce modèle, cet acteur télécom contrôle toute la chaîne de valeurs. Relation de concurrence: une relation de compétitivité s’installe entre les deux catégories d’acteurs en s’adressant aux mêmes segments de clients avec des solutions concurrentes. C’est le cas du Cameroun avec le distributeur automatique de MTN et Orange qui a déjà engagé le chantier en France. Alors qu’Orange prévoit de lancer début 2017 sa propre banque, d’autres opérateurs télécoms envisageraient de s’engager dans une démarche identique en Europe. De nature à fragiliser la rentabilité des établissements bancaires traditionnels, l’émergence de cette concurrence tend à conforter ces derniers dans la nécessité de faire évoluer leur modèle, de plus en plus affecté par l’avènement du digital. Tout comme en Europe, il est temps que les banques se mettent au travail afin de trouver les solutions compétitives face l’évolution du mobile money. Vu que le duel est serré au vue de la croissance des abonnés au service MTN Mobile Money au Cameroun. A fin septembre 2016, il a atteint 2,7 millions, en hausse de 13,2% par rapport au 2ème trimestre 2016, apprend-on des résultats intérimaires que vient de publier la multinationale sud-africaine des télécoms. 

Source: 
IMFURA
Imfura Affaires n°4