Pourquoi Elon Musk et Donald Trump se sont rapprochés

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@DR

Qui aurait parié il y a quelques semaines sur un rapprochement entre Donald Trump et Elon Musk? Et pourtant: si l'on dépasse les apparences, on découvre que les deux hommes ont pas mal d'intérêts convergents...

Depuis l'élection de Donald Trump, l'action de Tesla a gagné 28%. Un chiffre qui pourrait sembler paradoxal compte tenu des positions anti-environnementales et pro-énergies fossiles affichées par le nouveau président américain. Alors qu'on aurait pu légitimement penser que les voitures électriques, les batteries et les panneaux solaires produits par les entreprises d'Elon Musk ne cadraient pas trop avec les plans pétroliers de la nouvelle administration, c'est tout le contraire qui semble se produire. C'est que les choses sont rarement aussi simples dans le monde merveilleux de l'économie...

L'action Tesla depuis l'élection de Donald Trump.

Que s'est-il donc passé depuis les remarques assassines que Musk a adressées au candidat républicain pendant la campagne? «Je pense fortement qu'il n'est pas la bonne personne [pour devenir président]», déclarait-il notamment au micro de CNBC le 4 novembre dernier. «Il ne semble pas avoir le caractère qu'il faut pour incarner correctement l'image des États-Unis», insistait-il encore.

Des attaques qui étaient de bonne guerre compte tenu du peu d'estime que le camp Trump accordait alors à Elon Musk. Outrés que Tesla et SolarCity bénéficient grandement des aides fédérales pour développer leurs activités, certains supporters le qualifiaient même de «fraude».

Et puis, ils se sont parlé

Comme le rapporte le New York Times et d'autres journaux, tout a commencé en décembre lorsque le nouveau président américain a invité le patron de Tesla à le rencontrer lui et d'autres leaders des nouvelles technologies. Ensuite, il y a eu cette invitation à la Maison Blanche, lors de laquelle Musk a plaidé pour une taxe carbone, sans que Trump paraisse rejeter la proposition en bloc.

Depuis, ces deux-là semblent filer le parfait amour. Le fantasque pdg s'est même fendu de plusieurs tweets pour soutenir la nomination de Rex Tillerson, l'ex patron d'Exxon Mobil, au poste de Secrétaire d'état.

Tout se passe comme si, à la surprise générale, Trump souhaitait faire de Musk l'un de ses proches conseillers. Le Washington Post croit même savoir que le nouveau président américain serait littéralement tombé sous le charme des projets martiens de SpaceX. 

«Que Trump soit prêt à écouter les conseils de Musk constitue une surprise pour beaucoup de gens», explique l'analyste Adam Jonas dans l'article du New York Times. Pourtant ça ne devrait pas: «Quand vous regardez de près le business de Tesla, vous comprenez vite qu'il y a des convergences d'intérêts avec l'administration Trump, poursuit l'analyste. La Maison Blanche veut prioriser la création de jobs manufacturiers innovants et à haute valeur ajoutée. Or, Tesla est à l'épicentre de cet objectif.»

Pragmatisme

L'une des principales craintes des investisseurs dans l'énergie solaire était que Trump décide de couper les aides gouvernementales. La branche Solar City de Tesla aurait alors été sérieusement menacée. Même si l'épée de Damoclès n'est pas encore levée, les dernières données publiées par le ministère de l'Énergie devraient convaincre Trump de privilégier le statu quo: au vu des chiffres, il apparaît que le secteur de l'énergie solaire emploie actuellement 374000 travailleurs, soit davantage que toutes les énergies fossiles réunies (!).

De son côté, Tesla emploie déjà 25000 personnes, un chiffre qui pourrait doubler si la production du Model 3 accélère. Par ailleurs, il est à noter que les aides fédérales stopperont immédiatement après que Tesla aura vendu son 200000e véhicule. Une barre que la marque devrait passer d'ici peu de temps.

Dans ces conditions, pourquoi Donald Trump partirait en guerre ouverte contre Musk? Le pragmatisme qui guide ses décisions de président comme d'homme d'affaires peut très bien s'accommoder d'une politique pro-énergie fossile et pro-énergie solaire. Tant que c'est bon pour l’économie...

 

Source: 
Les Affaires