La femme camerounaise et l'impact économique.

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@DR

S’il est un sujet qui, de la naissance à nos jours, garde autant sa ferveur que sa passion, la position que revendique, jadis la femme dans notre société occupe surement une place de choix. Dans le contexte camerounais, l’équipe IMFURA s’est lancée dans le quotidien de ces femmes afin de peser leur impact économique. Dans les villes comme les campagnes, les femmes dominent dans les secteurs économiques dits informels et formels.  

Dans le secteur informel, beaucoup de femmes rêvent de disposer d’un comptoir dans un marché. Cependant, les difficultés les poussent souvent à commencer par des tablettes sur le trottoir où elles vendent de petites choses telles que bonbons et biscuits. Elles épargnent leur argent du  jour au jour à travers – bien de temps – des tontines et association du quartier. Cet argent leur permet d’exercer un commerce plus consistant au sein d’un marché plus grand.

Nous sommes Jeudi 03 Mars. ll est 5h, nous empruntons un taxi, à l’intérieur, des femmes qui vont au marché de la gare à New-Bell, au plein cœur de la capital économique. Nous leurs informons que nous voulons les suivre tout au long de leur matinée afin de produire un article sur leur qoutidien en prélude à la fête de la femme. Grosse surprise de ce côté, « quel fête ? Est-ce que je suis une femme ? » lance l’une d’elle, visage craceux, cheveux attachées au foulard, la cinquantaine entamée. Dans notre hésitation - elle enchaine, « je suis un homme moi ».

D’après une série de questions faites aux femmes de ce marché de la gare, sur dix femmes, huit femmes exercent le marché pour survenir au besoin de la famille, (prendre soin des enfants, assurer leur éducation, leur nutrition, payer le loyer et bien d’autres…) soit parce que le mari est décédé, soit parce qu’il a perdu son emploi. Un exemple est celui de Mme Ebongue Sylvie, mère de trois enfants et veuve. Depuis qu’elle s’est affranchie de cette réalité, elle a réalisé qu’elle dispose du pouvoir de vivre une vie saine et de la capacité de faire rêver ses enfants. On comprend donc mieux son expression « je suis un homme ».

À travers ses efforts, sa première fille est en troisième année universitaire et les deux autres enfants sont en classe terminale. « À mon avis, je crois que la fête de femme de nos jours est utile pour les politiciens. Les femmes comme moi ont d’autres problèmes si j’avais le capital pour develloper mon commerce ce sera déjà une bonne reconnaissance de ma place dans la société. » En effet, Sylvie fait le commerce de gros et de détail. Elle arrive très tôt au marché, achète des marchandises ( condiment verts, légumes et fruits) aux grossistes venants des villes environantes. Ensuite, le reste de la journée elle les revend aux autres femmes qui vont revendre dans les quartiers ou aux menagères. « J’aurais moi-même aimée aller en brousse, mais je n’ai pas de capital. »

C’est donc clair, pour Mme Ebongue Sylvie, la fête de la fête est un non évènement. Mme Éboto Jacqueline, chef service des recettes au Ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF) ne partage bien évidement pas cet avis. Elle pense que cette fête reste importante dans la mesure où elle encadre nos jeunes enfants et nos jeunes filles qui, elles aussi, vont prendre le valeureux rôle de la femme camerounaise.

Justement, dans la journée du 04 Mars 2016, à l’occasion de cette Journée Internationale de la Femme (JIF), elle a organisé un ensemble d’activités au sein de son département  afin de célébrer l’image et l’honneur de la femme en présentant au public de la capitale économique, leurs activités quotidiennes et surtout, des conseils pratiques dans l’achat des terrains, des immeubles ou dans la construction. Des problèmes qui sont au cœur de leur quotidien.

Mme Éboto Jacqueline en compagnie de ses collègues, parlant aux passants.

Pendant le déroulement, nous avons discuté avec Severin qui s’est dit « très satisfait. » « C’est une bonne chose qu’on ait des gens pour nous éclaircir sur des choses souvent floues à nos yeux. Je ne savais par exemple pas qu’il est interdit d’acheter un terrain dans une zone marécageuse » a-t-il ajouté. Comme l’assigne si bien Sévérin, les terrains en zones marécageuses sont considérés comme dangereux et d’après madame Eboto, « l’État ne donne aucun titre foncier ». Il est portant vrai que nombre de nos compatriotes, spécialistes en vente de terrain ne se gênent plus pour nous faire courir tout type de risque.

Très tôt dans la matinée après l’ouverture des activités, une conférence avait été dirigée par Mme Eboto à laquelle a pris part une quarantaine de femmes. Selon la conférencière du jour, il était question de bien expliquer le thème de la JIF : « Egalité des sexes et autonomisation des femmes : gagner le pari, surmonter les obstacles ». C’était une sorte de causerie éducative où elle a partagé avec ses jeunes sœurs et collègues son expérience tant professionnelle que sociétale.

C’est donc chacune à sa manière, et l’influence économique des femmes dans notre société qu’on le veule ou pas, reste patent. En faire un « trop » évènement est-il nécessaire ? Cette question trouvera peut-être échos aux oreilles de ces personnes qui militent chaque jour pour une parité de sexes dans les fonctions étatiques qu’on soit au Cameroun ou ailleurs. Et même sur le plan du leadership, certaines voies commencent à s’élever pour encourager un concept nouveau devenu rhétorique : le leadership féminin. Selon elles, la douceur, la sympathie et l’amour maternel sont autant d’atouts utiles à notre économie et donc à l’humanité.

Toujours est-il, la JIF au Cameroun reste un moment très attendu, pas ou plus seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes. Tous trouvent en ce jour, une autre fête à l’image d’un nouvel an, mais moins classique, avec des mœurs souvent détériorés. Les grandes robes (Kabas) cousues par leurs maris, se transforment très vite dans la soirée ou la nuit, en refuge pour leurs sigisbées, en l’honneur, chantent-elles, de la liberté.

Une liberté que cette autre femme ne verra pas, puisqu’elle est décédée justement au moment de notre tournée dans ce marché de la gare de New-Bell, pour cause : Une discussion sur l’obtention d’une place dans le marché a causé une bagarre où un seul coup de poing a été suffisant pour ôter la vie. Paix à son âme. Permettre à ses femmes d’exercer leurs activités dans des conditions saines serait surement leur plus belle preuve de liberté.

Source: 
IMFURA