Devenir une compagnie

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J’ai incorporé l’entreprise au Québec sous le nom de Technologies Hardbacon, de manière à me conformer aux exigences linguistiques de l’Office québécois de la langue française.

La dernière semaine était pleine de premières pour Harbacon. Première émission d’actions. Premier compte de banque. Et première adoption d’un outil de gestion de projets. C’est excitant de voir ce qui n’était qu’une idée en juin grandir, mais la conséquence est qu’il faut maintenant ajouter une couche de gestion à quelque chose qui était jusqu’à maintenant essentiellement propulsée par la passion.

Alors que notre premier chèque de Wealthsimple devrait arriver sous peu, je voulais m’assurer de pouvoir le déposer dans le compte de banque de Hardbacon. J’ai donc incorporé l’entreprise au Québec sous le nom de Technologies Hardbacon, de manière à me conformer aux exigences linguistiques de l’Office québécois de la langue française. 

La compagnie a officiellement été incorporée le 28 août dernier, mais il me restait à signer la paperasse entourant la création de mon entreprise. C’est alors que j’ai appris que Hardbacon allait m’émettre 10 000 actions à 1 cent chacune. Mon avocat chez Lavery (qui fait tout ça gratos, heureusement) m’a expliqué que ça me donnerait plus de flexibilité pour offrir des actions que si on en avait émis 100 actions à 1$ chacune. Je trouvais que c’était bien pensé, mais j’étais surtout content à cause de tous ces zéros après le 1.

Avec le certificat d’incorporation, j’ai donc pu ouvrir un compte électronique pour les entreprises auprès de la RBC, qui a le mérite d’être gratuit… lorsqu’on ne l’utilise pas. Je suis néanmoins reparti de mon rendez-vous en succursale avec quelques chèques gratuits et deux stylos promotionnels. C’est rare que les banques nous fassent des cadeaux, alors, il faut en profiter quand ça passe.

Hardbacon n’est donc plus une idée. Et ce n’est même plus mon idée, puisqu’on est maintenant 6 à y travailler à temps plein. Il faut maintenant s’occuper de trucs ennuyeux comme la comptabilité, mais surtout, adopter certains processus. Même que plusieurs personnes dans l’équipe de Hardbacon m’ont confié qu’ils aimeraient avoir plus de clarté quant à la répartition des tâches et aux échéances.

Tout cela fait partie du parcours normal de toute start-up qui se transforme en entreprise, et ce n’est que le début pour Hardbacon. Cela dit, c’est un peu épeurant, car ça veut aussi dire que, si je fais les mauvais choix, on court le risque de se transformer en une organisation lente, dysfonctionnelle et incapable d’innover, comme le sont devenues un nombre incalculable d’entreprises matures.

Je considère que les processus de gestion sont une taxe sur l’obésité organisationnelle. Quand on est deux ou trois, on n’en a juste pas besoin, et ça permet d’avancer plus vite. Par contre, quand on est six, on peut toujours s’asseoir autour d’une table, mais discuter de vive voix n’est plus le meilleur moyen de coordonner nos efforts. On a donc décidé d’utiliser Trello afin de s’attribuer des tâches chaque semaine, et de gérer des projets à plus long terme.

Il y a plein d’outils de gestion de projets plus sophistiqués, mais le but était justement d’adopter un outil le plus rudimentaire possible. Ce serait une erreur d’essayer d’adopter des processus qui seraient encore pertinents lorsqu’on aura 600 employés. Au contraire, la structure qu’on a adopté sera probablement caduque dans quelques mois, voire quelques semaines, et c’est tant mieux.

Cette modération en matière de structure va nous permettre de rester agile plus longtemps, mais pas forcément d’adopter la structure optimale qui nous permettra de demeurer à l’écoute de nos clients, totalement transparents et innovateurs lorsque nous serons obèses sur le plan organisationnel.

Heureusement, c’est un problème que je peux repousser à demain pour l’instant, mais je ne le prends pas à la légère. Car je ne voudrais pas me réveiller un matin et trouver chez Hardbacon toutes les tares qu’on reproche aujourd’hui à l’industrie de la finance.

Source: 
Les Affaires