C'est le début de la fin du PC… pour le meilleur et pour le pire

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Photo: Shutterstock

Steve Jobs avait finalement raison. En sortant son premier iPad, il annonçait la fin de l'ère du PC. À son grand dam, ça aura pris quelques années, un étui-clavier et un stylet, mais la tendance des tablettes hybrides est bel et bien lancée.

Les chiffres de l’International Data Group (IDC) sont formels. Le marché des hybrides et détachables est en pleine explosion en Europe occidentale alors que celui des PC et tablettes standards est en train de se contracter.

Ces appareils qui peuvent incorporer un clavier, un stylet ou tout autre accessoire ergonomique, réunissent théoriquement le meilleur des deux mondes: le rapport tactile plus intuitif qu'offre les tablettes et l'ergonomie des PC qui permet de remplir des tâches plus spécifiques. S'ils ne remplaceront jamais les usages de niche liés aux PC (graphisme, jeux vidéo...), c'est sur la cible mainstream qu'ils pourraient faire des ravages.

Jusqu'alors, cette augmentation faramineuse des ventes passait relativement inaperçue du fait que ce nouveau segment, encore minoritaire, était noyé dans les statistiques globales du PC et/ou des tablettes selon la méthodologie employée. Et comme ces chiffres sont massifs (18,2 millions d'unités vendues au total au T1 2016, soit un recul de 13.7% sur l'année écoulée), ils ne permettent pas d'identifier les tendances émergentes.

La distinction opérée par IDC permet donc de mettre en lumière le phénomène et surtout de mieux comprendre son ampleur: alors que le segment des PC et tablettes standards a reculé de 19% entre le T1 2015 et le T1 2016, celui des hybrides a fait un bond de presque 200% sur la même période!

Reste maintenant à voir si les inconditionnels du PC suivront la tendance. Et par inconditionnels, je fais référence aux gestionnaires TI qui commandent encore de gros portables Dell d'une tonne et demie pour ces dizaines d'employés qui, eux, rêvent du jour où ils pourront voyager léger…

Pas un cadeau

Naturellement, ça pose quelques problèmes. D'abord, les petites machines les plus en vue dans ce marché d'hybrides PC-tablettes ne sont pas exactement une aubaine. Ces dernières semaines, on a mis la main sur le MateBook de la société chinoise Huawei et la Galaxy TabPro S de Samsung. Le premier coûte au bas mot 900 dollars. La seconde, qui a le mérite d'être vendue avec son étui-clavier déjà dans la boîte, démarre à 1200$.

À ce prix, on a droit à des tablettes de 12 pouces de diagonale, animées par un Windows 10 qui a définitivement pris assez de galon, côté finesse d'opération, pour savoir s'adapter au contexte, qu'on soit en mode PC ou en mode tablette. Évidemment, logiciels et applications devront aussi adopter le mode «universel» qui leur permettra de s'ajuster à cette double interface, pour que le tout soit parfait. On n'y est pas encore…

Tant chez Huawei que Samsung, la mécanique tourne autour d'un processeur Core M d'Intel. Une version allégée des processeurs Core qui offre juste assez de muscle pour des tâches légères, axées sur le travail de bureau, le Web, et la consommation multimédia. «Consommation», car s'il vous prend l'envie d'y réaliser un montage vidéo complexe, vous aurez le temps de prendre plusieurs pauses en cours de route…

Enfin, le stylet, un accessoire honni par Jobs et Apple jusqu'au lancement des iPad Pro, ces derniers mois, ajoute une dimension à l'aventure informatique. Mais on peine encore à voir laquelle… Sur Windows 10, la prise de notes, est, au mieux, capricieuse. Le OneNote ou pas. Huawi tente un bon coup avec son stylet rechargeable, mais son intégration est moins bien réussie que sur la Surface Pro, de Microsoft. Et les deux sont loin de la délicatesse et de la précision de l'Apple Pen…

Bref, on paie cher pour un matériel qui semble bricolé avec les pièces qui traînaient sur l'établi chez Intel, Samsung et Huawei. Dommage.

Le difficile cas de Windows 10

Ensuite, Windows 10. La réaction du technicien au bout du fil quand j'ai demandé les réglages Wi-Fi du bureau pour le MateBook, valait le prix d'achat de l'appareil (si vous avez lu le paragraphe sur le prix du MateBook vous savez que j'exagère, mais à peine…). «Un ordinateur Windows 10 dans le bureau?» s'est-il exclamé, de la même façon que si je lui avais parlé d'un moustique transportant le virus Zika.

Dommage. La combinaison Windows 10-Office 365-Skype est une des plus chouettes sur le marché, offrant un téraoctet de stockage en nuage, accessible de multiples façons, mais surtout, via les applications de la suite Office, peu importe l'appareil utilisé (mobile, PC, etc.). Et personne n'en parle, mais l'appli musicale Groove jumelée à OneDrive propose un stockage Web musical gratuit appelé à rivaliser avec Google Play Musique.

On imagine que Microsoft, ses revendeurs et ses gros utilisateurs (le marché des entreprises) devront démêler licences coûteuses, certificats de sécurité et outils de gestion de parc informatique avant que tout ça ne tombe dans les mains de ceux qui en profiteront le plus: les employés de bureau qui aiment en sortir de temps en temps.

Mais voilà. On n'a pas encore vu le jour où toute la chaîne de consommation d'ordinateurs personnels aura adopté ce qu'on pourrait appeler «le modèle Apple»: des tablettes à la mécanique assez puissante pour remplacer un PC et aux accessoires assez attrayants pour accroître leur polyvalence au bureau comme sur la route. Leurs prix astronomiques et leur système d'exploitation pas encore entièrement approuvé par les grandes entreprises demeurent leurs principaux talons d'Achille. 

Où qu'il soit, Steve Jobs doit bien rigoler à l'heure qu'il est…

Source: 
Les Affaires